1.2.10

In Memoriam




Trop de musiciens rock sont morts en 2009, de Ron Asheton en janvier à Vic Chesnutt en décembre, d’Alain Bahsung en mars à Jacno en novembre, de Willy DeVille à Les Paul en août, sans oublier Sky Saxon des Seeds et… Michael Jackson ; on pensait avoir assez de peine pour 2010, mais encore un devait tomber avant le nouvel an ! Rowland S. Howard est mort d'un cancer du foie le 30 décembre, à l'âge de 50 ans. Dan Salzmann, cinéaste et musicien (The Binoculars) que j’appréciais beaucoup - bien que ne l’ayant rencontré que quelques (rares) fois -, venant lui aussi de mourir, je suis sous le choc, hanté par leur mort. Ils venaient, tous les deux, d’avoir juste 50 ans ! (Je vais avoir, moi aussi, 50 ans cette année et… J’AI PEUR !.) Rowland S. Howard était l’un de mes musiciens, de l’ombre, préféré, que l’on garde secrètement en son cœur depuis l’adolescence et dont on dévoile difficilement, avec grande fébrilité, l’œuvre aux autres.

Rowland Stuart Howard, né le (24 octobre 1959, est un artiste rock australien de Melbourne, auteur compositeur et interprète, guitariste leader, à ses débuts, des groupes post-punk Boys Next Door et The Birthday Party (avec Nick Cave au chant), puis reconnu pour ses collaborations avec Lydia Lunch (nous y reviendrons), mais aussi avec Nikki Sudden (l’excellent album acoustique “Kiss You Kidnapped Charabanc” de 1987), Barry Adamson, Einstürzende Neubauten, Jeffrey Lee Pierce (The Gun Club), Fad Gadget, Henry Rollins et paraît-il (!!!???), Kas Product.

En tant que membre de The Birthday Party, Howard fut remarqué en tant qu'auteur de l'écriture de chansons underground, dont "Shivers" (ballade devenue culte, chantée par Nick Cave à l'époque des Boys Next Door). À la naissance de The Birthday Party, la distorsion et le jeu agressifs devinrent un élément distinctif de son jeu de guitare ( pour preuve, l’accompagnement terrifiant offert aux mots de Cave sur “Zoo-Music Girl”). Le groupe The Birthday Party déménagea de Melbourne à Londres en 1980, puis à Berlin en 1982, où il devint un groupe encore plus expérimental, voire peut être l’influence des groupes amis Die Haut et Einstürzende Neubauten. L'écriture d’Howard fut décrite souvent comme plus précieuse que celles de Nick Cave ou Mick Harvey (l’autre guitariste avec qui Nick Cave formera bientôt les Bad Seeds), et généralement construite avec une ligne de basse en point de départ. Les concerts de The Birthday Party furent d'une provocation comparée à celle de The Stooges, Pere Ubu, Throbbing Gristle ou encore John Lydon. (Leurs concerts de Londres n'étaient pourtant vus que comme des scènes alimentées de violence par les drogues). Les albums de Birthday Party étaient considérés comme un artefact d'avant-garde culturel. Les ego d’Howard et Nick Cave entrèrent en conflit - gros problèmes de came (en fait) et forcément d’ego - et Howard devint un membre du groupe Crime + The City Solution, épaulant quelque temps le spleen rock épique de leur chanteur Simon Bonney. Plus tard encore, il forma These Immortal Souls, la guitare y est furieuse et la voix éplorée (“Open Up and Bleed”).

Howard travaille parallèlement avec Lydia Lunch, la prêtresse culte no-wave new-yorkaise. Son jeu reconnaissable, rempli de son effet audio feedback et d'inspiration blues, est respecté par les aficionados du genre Southern Gothic. Les collaborations entre Howard et Lunch sont souvent le fruit d'une parfaite collaboration, (voire le prometteur 4AD 12’ “Some Velvet Morning /I Fell In Love With A Ghost” en 1982) quant à l'esprit des chansons. L’album “Honeymon In Red” en est le résultat ultime, l’un de mes dix albums “concept” préférés, à ce jour. Mettant dans un premier temps terriblement mal à l'aise, cet album se révèle en fait extrêmement intéressant : de part la richesse des sonorités utilisées, la profondeur des paroles (qui, bien loin de n'être qu'un concentré d'histoires morbides, s'avèrent en fait beaucoup plus subtiles que ça), l'apport de plusieurs collaborations (Thurston Moore de Sonic Youth entre autre), la symbiose parfaite entre musique et paroles, et le détachement de l'artiste par rapport aux critères du “beau”. Extrême dans tout ce qu'elle fait, Lydia Lunch ne cherche ni à plaire ni à mettre au point quelque chose d'agréable, mais à s'exprimer dans un art qui n'obéit à aucune norme, excepté les siennes. Lydia Lunch et sa bande distillent la bande-son d'un court métrage à New York où sexe, drogue et meurtre ont la part belle. Un rock urbain sale, poisseux, malsain, vénéneux et sexuel, entre garage rock, post-punk, rockabilly et rock sudiste, joué par des musiciens qui semblent faire le choix de massacrer les chansons ou, plutôt, de les salir, de les amocher, de les pervertir. Les compositions sont bancales, comme une voiture conduite par un ivrogne, mais ne sortent jamais de la route – la bande-son idéale pour un remake impossible de “Crash” de Cronenberg !?.

Après la parution du second album de These Immortal Souls “I'm Never Gonna Die Again” en 1992 et “Shotgun Wedding”, autre remarquable collaboration avec Lydia Lunch – leur diamant noir : Lydia (dont l'innocence a d'ailleurs été salie dès son plus jeune âge), se montre ici beaucoup plus mature qu'à ses débuts. Elle joue avec sa voix (mélange d'agressivité, de sensualité et de sensibilité), comme elle joue avec son apparence, ou ses paroles. Les guitares hurlantes et tourbillonnantes tout droit sorties des enfers de Rowland S. Howard l’accompagnent jusqu’au nihilisme – fascinant ! (la reprise hantée de “In My Time Of Dying” de Led Zeppelin).

Howard sortit l'album “Teenage Snuff Film” en 1999, restant dans un registre post-punk/no-wave cramé et suintant empreint de blues et de rock sudiste, proche de Birthday Party.

Jusqu'en 2009, Rowland S. Howard vivait à Melbourne, où il menait une vie de producteur et se représentait parfois sur scène. Bien oubliés ou bien cachés, cette gueule androgyne, ce physique hallucinant... Son jeu de guitare, option blues du sud qui “te transperce le ventre”… C’est vrai qu’il était gravement malade. Son deuxième disque solo “Pop Crimes” venait de juste de sortir, il risque fort de passer inaperçu, du blues rock gothique sombre, revisité et pourtant très enraciné dans un essentiel folklore américain… Comme un générique de fin de film, montrant le héros s'en allant vers de nouvelles aventures... “South country blues”. – Un cow-boy gothique… (entendre la merveilleuse reprise “Nothin’” de Townes Van Zandt, immense marche funèbre au blues extrême et effrayant - en résonance (prémonitoire ?) avec les dernières paroles de la chanson).

Sorrow and solitude

These are the precious things

And the only words

That are worth rememberin'

… Le crooner romantique d’un disque ultime : sa voix y est grave et profonde, plus sombre que jamais, accompagné par la batterie autoritaire de Mick Harvey des Bad Seeds, l’ami de toujours, sur "Wayward Man". Un disque pour pleurer, (parfois on pense à Léonard Cohen).

Peut-être Dan Salzmann et Howard se sont-ils rencontrés un jour ? Je ne le sais ? Peut-être se croiseront-ils bientôt… !? Hopes.

Boys ! I'm a Tear of Blood.

http://rapidshare.com/files/344732644/Rowland_S._Howard__In_Memoriam_.zip

1 commentaire:

julienvache a dit…

C'est bien ce que tu fais.